Kahman

République Terrane - Les Chroniques d'un Fantassin

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Esamir, avant-poste de Bridge Water.

 

Le transport s'arrête brusquement. J'entends les roues crisser dans la neige un dernière fois.

Mon souffle s'accélère, même à l'intérieur de l'habitacle du véhicule de transports, de la buée s'échappe de mes lèvres.

 

Mes mains tremblent, je les occupe en vérifiant une dernière fois mes réserves de munition situées en bandoulière et au niveau de ma ceinture. J'effectue un test de mon bouclier de défense portatif intégré à mon armure. Je prends mon arme dans mes mains. C'est une mitrailleuse légère, pas un fusil d'assaut.

Mon rôle est d'être en première ligne. Premier sur le front, premier à tirer, premier à tomber, s'il le faut. Je suis dans la troisième escouade d'infanterie de la section. Le Capitaine gère le détachement, ses lieutenants contrôlent les différentes escouades. A la tête de mon escouade se trouve un bébé chef, tout juste promu et éjecté de l'Académie des Officiers à coups de bottes dans le cul.

Par chance, mes camarades sont des vétérans, on pourra se démerder en cas de pépin. Mais ça, il faudra que les ordres donnés ne soient pas stupides.

Le troisième lieutenant (troisième pour troisième escouade) penche légèrement la tête sur le côté, il doit recevoir des instructions du Capitaine. Il hoche la tête.. Comme si le Capitaine allait le voir hocher la tête ! Avant que j'ai le temps de soupirer d'exaspération derrière mon casque, le lieutenant écrase son poing sur le bouton ouvrant les portes arrières :

"Tout le monde dehors ! Allez ! Objectif à cent mètres ! On prend possession du bâtiment !"

Premier à sortir. Je sors du véhicule, mes pieds s'enfoncent dans la neige. Mon uniforme me protège autant du froid qu'un parapluie vous tient au sec lorsque vous nagez. Je grogne et retient un juron. Je commence à m'élancer dans la neige en direction de mon objectif de capture.

Je n'ai pas à me soucier de savoir si mes camarades me suivent. Je suis libre, et, en même temps, emprisonné dans ma concentration. Mon souffle s'accélère, mes foulées s'allongent. Plus rien ne m'arrête. Je suis le marteau de la République. Sur ma droite, je vois notre escorte blindée se mettre en position défensive sur la route pour éviter une éventuelle contre-attaque motorisée. Sur ma gauche, je vois les premiers fantassins des escouades des deux autres escouades courir vers leurs propres objectifs d'attaque.

Personne n'est en face de moi, l'ennemi n'a pas encore eu le temps d'organiser une ligne de tir sur le périmètre extérieur.

Je vois l'encadrement de l'entrée du bâtiment à capturer. Je suis à 5 mètres de l'entrée.

Une silhouette se décale au dernier moment. Je distingue à peine un uniforme de combat de couleurs sombres teinté de violet. Fanatique Vanu.

Je parcours cette courte distance comme si j'étais muni d'un Jetpack. L'ennemi soulève son arme et me vise. J'active mon bouclier de défense, m'arrête et enfonce violemment mon pied dans mon adversaire. Il a le temps de lâcher une rafale d'énergie qui est éjectée par mon bouclier. Ce dernier se désactive pour éviter la surcharge.

Mon adversaire est à terre, je lui vide un dixième de mon chargeur dans la tête. Son crâne explose. Des cris d'alarmes retentissent à l'étage et devant moi, hors de vue.

Je redresse mon arme et vise devant moi. Une silhouette apparaît, je tire. La rafale que je lui met fait exploser son bouclier et une partie de son armure. Un cri de douleur se fait entendre et ma cible se met à couvert.

Un cri de guerre se fait entendre derrière moi, mes camarades arrivent. Je me place à couvert derrière une caisse en face de moi et commence à arroser le couloir en face de moi. Un ennemi surgit sur ma droite depuis un escalier, il est abattu par mes équipiers. Le lieutenant prend deux tiers de l'escouade et se dirige vers l'escalier. N'ayant pas d'instructions, j'harangue le tiers de soldats restant et les force à me suivre. Je m'avance vers le couloir.

Des échanges de tirs furieux se font entendre au-dessus de moi, l'ennemi résiste.

J'arrive au bout du couloir, mes équipiers couvrent à gauche. J'ouvre à droite. Je tombe sur l'adversaire que j'ai criblé de balles quelques secondes plus tôt. Il tente de s'injecter un médikit dans la jambe. Je lui décoche une rafale à bout portant. Le râle d'agonie qu'il lâche est à peine humain, déformé par son casque.

Je détache mon chargeur, je vérifie le niveau de munitions qui me reste. La moitié, j'ferai avec, je replace mon chargeur. Une brusque rafale de traits d'énergie survient sur ma gauche, je vois un de mes camarades s'écrouler, son bras gauche vaporisé. Mes deux équipiers restants effectuent un tir de suppression sur l'origine du tir. Je m'accroupis le temps de saisir mon équipier par son bras restant et le tire violemment en arrière en beuglant :

"MEDIC ! HOMME A TERRE ! "

Un soldat resté sur les arrières, un insigne de médecin imprimé sur le devant de son casque, s'avance vers moi. Il sort un appareil de sa ceinture, de la taille d'un pistolet. Un flux énergétique vert s'écoule du bout de l'appareil. Nanites. Minuscules nanobots.

Ces petits robots sont aussi minuscules que les cellules qui composent le corps humain. Sous mes yeux, le bras de mon camarade se reconstruit à vue d’œil et mon équipier reprend conscience petit à petit.

Suis-je encore humain ? Je suis déjà tombé au combat un nombre incalculable de fois. Chaque fois, j'ouvre les yeux, je me relève et je repars au combat. Souffrance, rage, combats, souffrance, rage, combats. Un cycle ininterrompu de mort et de tuerie m'attends à chaque opération militaire.

Je secoue la tête pour effacer ces pensées, j'ai autre chose à branler que de penser philosophie méta-physique.

J'abandonne le médecin et son patient sur les arrières et rejoint mes équipiers. Ces derniers rechargent leurs armes et hochent la tête dans ma direction lorsque j'approche d'eux.

"Je passe en tête, couvrez mes flancs."

Ils valident mes instructions. Les échanges de tirs à l'étage ont cessé. Je n'entends rien de plus que mes bottes et celles de mes équipiers sur le sol métallique. J'entends vaguement le son étouffé des combats qui font rage sur le périmètre extérieur de la base.

Tout d'un coup, un flash aveuglant. Mon casque n'a pas le temps de rectifier la luminosité. Je suis aveugle. Je n'entends que des tirs siffler autour de moi. Une violente douleur se fait sentir dans mon torse, je suis jeté au sol. Mon bouclier d'urgence a surchargé pour me sauver la vie. Ma vue revient peu à peu. Un de mes équipiers se penche sur moi, me tendant la main. Je la lui saisis et me relève. J'hoche la tête pour le remercier. Je vois un faible sourire apparaître sur son visage, son casque ne lui couvrant pas entièrement le visage.

"Périmètre extérieur sécurisé, on nettoie le cœur de l'avant-poste."

Le reste de l'escouade apparaît sur ma gauche, l'étage est sécurisé. J'avance sur la droite, j'ouvre la marche. Je passe un sas et me retrouve de nouveau à l'extérieur, mes rangers dans la neige.

Sur la visière de mon casque apparaît mon prochain objectif de capture, un bâtiment trapu, de plein pied, au centre de la base. Légèrement sur ma gauche lorsque je sors.

30 mètres à découvert.

Sur ma droite surgit toute une escouade ennemie. Certains s'accroupissent, d'autres restent debout. Tous commencent à tirer dans notre direction. 25 mètres.

La neige s'évapore autour de moi lorsque des rafales d'énergie tirées par les fusils à impulsion ennemis me ratent. 20 mètres.

Mes équipiers, qui sont restés dans le bâtiment, tirent depuis l'ouverture pour me couvrir. 15 mètres.

Un vrombissement se fait entendre au-dessus de moi. Un gigantesque appareil composé de turbines, d'alliage, de réacteurs et d'armement me survole à une vingtaine de mètres. Une salve explosive est lâchée. L'escouade ennemie est écharpée. La neige, quant elle n'est pas vaporisée par ce déluge, se teinte de rouge.

Je lève mon poing en signe de victoire et crie en direction de mon ange-gardien :

"République Terrane !"

Le tireur n'a pas du comprendre. Je vois le canon se tourner vers moi et un projectile explose à quelques mètres de moi, me projetant dans la neige. Je reste à terre, attendant le reste de la salve. Mon vox comms crachote, le pilote du bombardier s'adresse à moi :

"Désolé, mon canonnier est une bleusaille qui fait un peu de zèle. Tout va bien en bas ?

Je me relève en grognant et en reprenant mes esprits.

- Enculé !

- Ouai, c'est la réaction à laquelle je m'attendais. Tu pourras t'en prendre au canonnier de retour au QG."

Le reste de mon escouade me rejoint, me dépasse et se dirige vers le centre de la base.

Des échanges de tirs se font entendre, sporadiques dans un premier temps, puis continus. L'ennemi nous offre un baroud d'honneur.

La première et la seconde escouade sont passées par le flanc gauche. Mes équipiers se placent de part et d'autres de l'entrée. L'un lâche une grenade à fragmentation à l'intérieur. Le second attend quelques secondes, le temps que la première grenade détonne, puis balance une grenade aveuglante à l'intérieur.

Nos camarades des autres escouades ne sont pas rentrés. Nous, si. Nous vidons nos chargeurs quasiment à bouts portants dans le torse ou dans la tête de nos adversaires. Ces derniers sont à genoux, à terre ou bien à couvert, recroquevillés le temps que leur vue revienne. Pour la quasi-totalité d'entre eux, la vue ne reviendra pas.

Le Capitaine rentre par une entrée située à notre gauche, sa propre escouade sur ses talons. Un ennemi en armure lourde git à ses pieds, tentant de se relever. Le Capitaine pose sa ranger sur la nuque de l'adversaire.

"Trainez ce fanatique dehors. La base est à nous. Éclaireurs, en position sur le périmètre extérieur, prévenez en cas de mouvement ennemi. Tous les autres, avec moi."

Tout le monde se met en ordre de marche, le premier lieutenant et un de ses soldats trainent le fanatique. Nous ressortons du bâtiment.

"En cercle. Formez une arène."

Le lieutenant et le soldat lâchent le soldat ennemi dans la neige, désarmé.

"Tu as une chance de nous montrer que ta déesse Vanu guide tes pas vers notre avenir. Voici ta lame. Si tu gagnes, nous rejoindrons ton armée."

Le Capitaine hoche la tête en direction de son premier lieutenant. Ce dernier jette un couteau dans la neige, à quelques dizaines de centimètre de l'ennemi. Ce dernier se saisit de la lame et se relève. Il appuie légèrement sur le manche et un champ de force énergétique apparaît sur le fil de la lame.

Une voix déformée, robotique et à la limite du strident, se fait entendre. Ce soldat imposant est-une femme ? Son uniforme moulant ne lui fait pas honneur..

"Qui vais-je devoir tuer ?"

Le Capitaine sourit froidement. Il se détourne à moitié, pointant du doigt une silhouette massive de la première escouade.

"Lui."

L'imposante silhouette se détache, il s'agit d'un soldat engoncé dans un exo-squelette blindé. Ses pas lourds se font entendre malgré la neige recouvrant le sol. Le Capitaine recule de quelques pas, rejoignant le cercle de spectateurs.

Les soldats formant l'arène s'écrient, levant leurs armes dans les airs. Le spectacle s'annonce à la hauteur de leurs attentes.

La soldate Vanu lâche un grognement étouffé par son casque. Elle change sa garde et reste sur une posture défensive.

L'exo-squelette s'avance pesamment. Son adversaire bondit d'un coup, gracieusement, rapidement. Elle esquisse une frappe d'estoc, visant le cœur du Terran. Le soldat Terran pare le coup avec son bras blindé. La lame s'enfonce jusqu'à la garde dans son bras. Un hurlement de souffrance et de rage se fait entendre dans le cockpit de l'exo-armure.

La soldate Vanu n'a pas le temps de se dégager. Le Terran lui saisit un bras et le lui arrache rageusement tout en lâchant une série de borborygmes haineux. Du sang s'écoule brusquement de la blessure. D'un revers de son bras blindé intact, le soldat en exo-armure envoie la Vanu au sol. L'éclatement de sa cage thoracique se fait entendre malgré la foule de soldats terrans s'esclaffant ou poussant des hurlements d'animaux.

Enfin, l'exo-squelette piétine à plusieurs reprises le casque de son adversaire pour faire bonne mesure.

Le Capitaine s'avance de nouveau :

"La République Terrane ne pardonne pas la trahison."

Ma voix se mêle à l'unisson de trente-cinq de mes camarades :

"La Loyauté, jusqu'à la mort !"

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